Diversité et emplois en péril

01 février 2018

Journal du Jura, Philippe Oudot

L’adoption de cette initiative serait lourde de conséquences dans le canton, indique le gouvernement, en réponse à une interpellation de la députée Natalie Imboden.

Un oui à l’initiative No Billag ne conduirait pas seulement à un appauvrissement de l’offre journalistique et culturelle dans le canton, mais elle y menacerait de nombreux emplois. Telle est la conviction de la députée Natalie Imboden (Les Verts) qui, avec 12 cosignataires, avait interpellé le Conseil exécutif à ce propos en novembre dernier.

Elle relevait en effet que la suppression de la redevance en cas de oui serait lourde de conséquences, aussi bien pour les chaînes de radio et de télévision de la SSR que pour les privées: sans nouveaux moyens de financement dans les plus brefs délais, «il n’est pas exclu qu’elles soient contraintes de fermer».

L’élue voulait donc savoir comment le gouvernement appréhendait ce danger en cas de oui, quelles seraient les conséquences pour la diversité d’opinions, le bilinguisme et l’emploi. Relevant que la SSR était aussi un soutien important pour la création cinématographique, bernoise notamment, elle voulait savoir si le canton pourrait s’engager davantage en cas de oui.

Réductions drastiques

Dans sa réponse, le Conseil exécutif n’y va pas par quatre chemins: «Une adoption de No Billag aurait des conséquences radicales sur le quotidien de la population du canton, car elle contraindrait la SSR à réduire drastiquement son offre, voire à la suspendre. Les régions périphériques seraient particulièrement touchées.» Et d’ajouter qu’en donnant la parole à toutes les parties, «la SSR contribue grandement à la formation de l’opinion, en particulier avant des votations. Ses rédactions contribuent donc à la qualité, l’indépendance et la diversité de la presse, ajoute-t-il.

Par ailleurs, observe le gouvernement, cette initiative ne mettrait pas uniquement en péril les prestations de la SSR, mais également les deux chaînes de télévision locales et régionales du canton (TeleBielingue et Telebärn), et les cinq chaînes de radios (Canal 3, RJB, Radio BeO, Radio Neo1 et Radio RaBe). «Sans les financements qu’apporte la redevance, il n’est pas certain que ces chaînes puissent survivre sous leur forme actuelle».

Bilinguisme pénalisé

S’agissant du bilinguisme, le Conseil exécutif constate que l’adoption de No Billag serait une sérieuse menace. D’une part, parce que les médias de la SSR contribuent amplement au bilinguisme du canton, ceux-ci dispensant des informations approfondies dans les deux langues sur des thèmes qui concernent le canton. Et d’autre part, parce qu’il y va de la survie des chaînes de radio et télévision francophones et bilingues Canal 3, RJB et TeleBielingue.

S’agissant du nombre d’emplois qui pourraient être mis en péril, le gouvernement indique que la SSR emploie 880 personnes, entre la direction générale, le Centre des médias du Palais fédéral, les studios régionaux, le Teletext et les correspondants régionaux. Avec les autres médias bénéficiant de la redevance, «le nombre de postes de travail potentiellement menacés dans le canton s’élève à environ 1300», note le gouvernement.

Concernant la production cinématographique suisse, la SSR y investit quelque 40 millions de francs par année, et «le cinéma bernois en bénéficie largement ». Par le biais de son Fonds d’encouragement des activités culturelles, le canton consacre quant à lui quelque 3,1 millions à la promotion du cinéma bernois. Quant à la contribution de la SSR pour ce dernier, elle s’élève à environ 1,25 million par année.

«Si elles devaient perdre la SSR comme partenaire de financement, d’importantes productions cinématographiques bernoises pourraient ne pas voir le jour, car ces moyens ne peuvent pas être prélevés sur le budget cantonal de la culture.» Et d’ajouter que, le cas échéant, «il est difficile d’en évaluer les conséquences».