Menace immédiate sur les médias

02 février 2018

Vigousse, Éditorial, Stéphane Babey

N’en faisons pas mystère trop longtemps: à Vigousse, nous sommes farouchement opposés à l’initiative No Billag, projet stupide et dangereux de démantèlement du service public concocté par des jeunes gens au mieux irresponsables et au pire manipulés par des acteurs privés du marché qui profiteraient du retrait de gros diffuseurs.

Il n’y a d’ailleurs sans doute pas besoin d’argumenter à destination des lecteurs du petit satirique romand. Que vous achetiez Vigousse au kiosque (c’est bien) ou que vous soyez abonnés (c’est mieux), vous êtes déjà parfaitement conscients de l’importance, pour le débat démocratique, de médias qui ne dépendent pas complètement des milieux économiques. Vous savez que cette indépendance a un prix, que ce soit le prix de ce journal ou le coût de la redevance. Cela dit, on peut comprendre que la SSR cristallise les critiques de nombreux citoyens. Au-delà des simples arguments financiers, son attitude arrogante a de quoi énerver, et Vigousse s’est souvent fait l’écho de ses dysfonctionnements. La SSR est indispensable, certes, mais si elle obtient de pouvoir continuer ses activités suite à la votation du 4 mars, elle ne pourra pas faire l’économie d’une profonde remise en question de ses pratiques. Tourner avec de l’argent public comme principale source de financement implique d’être transparent vis-à-vis des citoyens; or la SSR s’est trop souvent comportée comme si elle n’avait de comptes à rendre à personne.

Les attaques à son encontre ne sont pas les seules graves menaces qui pèsent sur les médias suisses. Fermetures de journaux, licenciements et autres rachats par de grands groupes uniquement préoccupés par le profit appauvrissent chaque jour un peu plus un quatrième pouvoir réduit à l’impuissance ou vidé de sa substance. Les sujets destinés à contribuer à la formation de l’opinion publique disparaissent au profit de contenus purement commerciaux. Il est donc grand temps d’envisager sérieusement d’étendre à la presse l’aide publique dont bénéficie déjà l’audiovisuel. C’est tout le débat démocratique qui est en jeu.