«No Billag»: une initiative irresponsable

05 février 2018

Générations, Édito, Blaise Willa

À la veille de la votation sur l’initiative « No Billag », Blaise Willa (rédacteur en chef de Générations) rappelle dans son édito l’importance de maintenir un service public de qualité.

«La radio et la télévision à la papa, c’est terminé!», lançait il y a quelques semaines sur l’écran de Mise au point Nicolas Jutzet, le jeune responsable de la campagne «No Billag» en Suisse romande. Ce jour-là, du haut de ses 22 ans, l’étudiant en économie et en management a commis deux erreurs: s’aliéner les seniors de Suisse romande en moquant ouvertement leur amour de la télé à la papa, et leur promettre que l’ère «No Billag» soumise aux seules forces du marché serait bien meilleure que la leur.

Cette initiative — qui veut, pour mémoire, balayer tout financement obligatoire du service public et par là même, liquider la SSR, 21 radios locales privées et 13 télévisions régionales — met en péril le principe même de notre fonctionnement démocratique. Oui, c’est grâce à la redevance qu’une information de qualité existe dans les quatre langues de notre pays et que son accès comme sa pluralité permettent à tous de se forger une opinion. C’est grâce à la redevance que les minorités, en particulier romande, peuvent vivre leur identité et la faire connaître aux autres. C’est grâce à la redevance aussi, ne l’oublions pas, que les personnes atteintes de déficience sensorielle, comme la surdité, peuvent avoir accès à l’information via le langage des signes sur le petit écran. Nicolas Jutzet a-t-il seulement pensé aux malentendants? Et à toutes ces personnes âgées qui appuient sur le bouton de leur radio le matin dans leur cuisine ? Soyons francs: jamais, sans doute, le Neuchâtelois ne sera prêt à payer pour eux, lui qui ne veut «payer que ce qu’il consomme» sur son écran. C’est donc bien à cette solidarité à la papa que l’initiative veut s’attaquer, livrant au seul marché et à sa sainte régulation un bien commun construit pour chacun.

Bien sûr, la SSR ne sortira pas indemne du débat qui s’est abattu sur notre pays. Tant mieux: grassouillette, elle devra passer par une cure d’amaigrissement qui la rendra plus agile et moins sénatoriale. La subvention, l’aurait-elle oublié, a aussi ce coût. Reste que l’initiative, si elle passait, serait un désastre : loin de bousculer les programmes et leur public, elle en annihilerait le principe même. En clair, à chacun de se débrouiller seul avec son portemonnaie, sa solitude et son écran. Voilà le monde libre que Nicolas Jutzet et ses amis nous proposent le 4 mars prochain. Posons-nous donc la question avant de glisser le bulletin dans l’urne: ce monde-là est-il vraiment mieux que le monde à la papa?