Votation: après «No Billag»

29 janvier 2018

L’Agefi, Jacques Neirynck

La levée de boucliers contre l’initiative «No Billag» semble enfin porter ses fruits. Les derniers sondages donnent l’initiative largement perdante et c’est une excellente nouvelle. Néanmoins, ce qui s’est passé constitue un coup de semonce qu’il faut prendre au sérieux. Un service public de la radio et de la télévision, oui. Mais lequel?

Il n’est pas raisonnable de subventionner 7 chaînes de télévision et 17 radios de la SSR, plus 34 postes privés, avec le budget d’une seule chaîne de télévision française. C’est une politique de l’arrosoir qui dilue les subventions au point de ne pas donner au service public les moyens de remplir ses obligations. Ne pourrait-on commencer par se satisfaire de 4 chaînes de télévisions?

Sortir d’une politique de la facilité

Les chaînes supplémentaires servent surtout à capter un public populaire, cible préférée de la publicité, qui est indispensable pour boucler le budget. Dès lors TSR1 a seulement de quoi financer une émission propre chaque soir, qui remplit parfaitement son cahier de charges et puis de faire du remplissage à bon compte en diffusant trois épisodes d’une série américaine achetée à bas prix.

En revanche on ne voit presque jamais des émissions reprenant les excellentes manifestations culturelles en Suisse romande, théâtre, opéra, concert. Il n’y a pas d’émission littéraire, ni de critique du cinéma. Les débats politiques se résument à Infrarouge à peu de chose près, alors que La Télé en organise un par jour.

La TSR, si elle est confirmée dans son mandat par le peuple, doit sortir d’une politique de facilité et se concentrer sur sa mission essentielle: fournir une information objective; être le lieu d’un débat politique serein et informatif comme l’émission «C dans l’air» française; rendre compte du mouvement culturel suisse, pas seulement romand; distraire par des émissions suisses de variétés ou de sport; ne pas oublier la dimension spirituelle des citoyens. Il n’est pas indispensable qu’elle diffuse 24 heures sur 24. En un mot elle doit faire ce que la centaine des autres chaînes francophones ne font pas. L’argument principal pour sauver la SSR a été la cohésion nationale. C’est à celle-là qu’il faut œuvrer.

Il demeure des problèmes urgents que le monde politique ne parvient pas à résoudre. Sur les pensions, la santé, l’UE, l’immigration, l’immobilisme du Conseil fédéral fait peine à voir: paralysé par la crainte du souverain populaire, il est empêché de gouverner vraiment en s’attaquant aux dossiers controversés.

Ce que la politique peine à réaliser, la culture peut l’entreprendre et le principal outil est une télévision nationale. Encore faut-il qu’elle remplisse son rôle. Diffuser une abondance de séries américaines revient à promouvoir les valeurs qu’elles prônent en sous-main et qui ne sont pas les nôtres.

L’initiative «No Billag» dissimulait une tentative de capter cet outil à des fins partisanes. Les exemples de Berlusconi et de Trump ont démontré la puissance d’une telle stratégie. L’enjeu est donc capital. Mais la réforme de la SSR doit s’ensuivre. Sinon l’opération de démantèlement sera reprise et réussie.